Domaine de La Reynardière Pierre et Jean Michel Mégé

Domaine de La Reynardière
7 cours Jean Moulin
34480 Saint Geniès de Fontedit
Tél : +33 (0) 4 67 36 25 75
Fax : +33 (0) 4 67 36 15 80
Email : domaine.reynardiere@orange.fr
Site web : https://reynardiere.pagespro-orange.fr/
Comme prédestiné à devenir vigneron au Domaine de la Reynardière, Jean-Michel Mégé a à cœur de perpétuer les traditions viticoles faugéroises tout en les enrichissant de son regard personnel et de son ouverture sur le monde. Car transmettre à son tour, c’est ce qui donne du sens à son métier. Rencontre avec ce vigneron « passeur de relai ».

Le passeur de relai

Racontez-nous : comment est né votre domaine ?

C’est une propriété agricole familiale qui se transmet de génération en génération depuis le XVIIème siècle : vous avez un peu de temps devant vous ?! (Rires) Joseph Mégé, mon arrière-grand-père, s’est spécialisé dans la viticulture vers 1900. A sa mort, les terres ont été divisées en deux branches pour chacun de ses deux enfants – l’une à Autignac dans le Faugérois pour mon grand-oncle Paul et l’autre à Saint-Geniès-de-Fontedit où se trouve la cave pour mon grand-père Benjamin – avant de fusionner à nouveau au début des années 1990. Aujourd’hui, mon cousin Philippe et moi travaillons main dans la main.

« Domaine de la Reynardière » : d’où vient ce nom ?

C’est le nom d’un tènement sur lequel on croise régulièrement des renards depuis toujours. Quand on a commencé à mettre en bouteille à la propriété à la fin des années 1980, on avait déjà dans l’idée de se lancer dans la production de vins d’AOP Faugères. Du coup, le nom s’est imposé de lui-même : dès 1970, mon père avait choisi ces vignes parmi toutes pour faire les premières bouteilles réservées à une consommation strictement familiale parce qu’elles donnaient des vins superbes mais en toute petite quantité... Ce qui est assez caractéristique du terroir de Faugères !

 Jeanmichelmege Reynardiere Jpg

Qu’est-ce qui fait que « Faugères est Faugères » justement, et que ses vins sont pour ainsi dire uniques ?

De par son histoire, notre domaine est l’un des seuls à produire des vins d’AOP Faugères et des vins d’IGP : on est bien placé pour parler des différences de terroirs ! En Faugères, on a l’impression de se trouver sur un territoire sauvage en dehors du monde habité, ce qui n’est pas le cas en plaine. Le terroir y est plus complexe : les sols de schistes sont peu fertiles et la végétation qui y pousse spécifique. Alors bien sûr, les vignes s’y expriment différemment. Ça passe par des rendements bien plus faibles effectivement, mais aussi par des structures et des expressions aromatiques très différentes : les vins ne peuvent pas être les mêmes !

C’est-à-dire ?

Prenez la Syrah par exemple : en plaine, elle exprime des arômes floraux de violette réglissée ; à Faugères, elle révèlera davantage le zan, les épices, avec un côté frais et mentholé. Et c’est ainsi pour chaque cépage, mais il y a aussi des différences d’une parcelle à l’autre : c’est complexe ! Je me régale d’ailleurs de déguster les vins finis avant de passer aux assemblages.

Les assemblages ne gomment-ils pas finalement le « goût du terroir » d’ailleurs ?

Ça aussi, c’est complexe ! Disons qu’ils peuvent sans doute perturber l’identification du terroir. Mais il n’y a jamais eu qu’un seul cépage en Faugères et c’est une étape de création qui permet de jouer sur différents types d’élégance tout en lui rendant justice justement : dans toute sa profondeur et sa complexité. Il y a là bien sûr une certaine part de subjectivité. D’où la grande diversité des vins faugérois. Mais malgré ces différences, il reste une trame commune et cohérente : un équilibre entre un fruit plutôt mûr, une fraicheur aromatique et des tanins bien présents qui s’assouplissent rapidement. Mais ces vins ont besoin de temps : c’est pour ça qu’on opte pour des élevages longs, en cuve puis en bouteilles. Malgré ce monde qui nous demande d’aller toujours plus vite…

Vous avez l’impression qu’il y a un décalage entre le rythme du vigneron et celui du monde dans lequel on vit ?

Très clairement ! Surtout si on produit des vins de terroir ! Pour moi, le terroir est toujours associé à la tradition. Les traditions évoluent certes – parce que les Hommes évoluent aussi –, mais lentement ; et souvent trop lentement pour suivre les évolutions rapides attendues par le marché. Ceci dit, nos clients aiment nos vins parce qu’ils restent fidèles à ces traditions : notamment en France et en Chine où je me rends souvent. Mais comme on ne vit pas pour autant enfermés dans le passé, on reste à l’écoute, on se forme et on s’adapte si besoin. A notre rythme !

En 2018, l’appellation a dévoilé son projet collectif « Grands Vins de Nature ». Que pensez-vous de ce projet du coup ?

Du bien. C’est un projet représentatif de ce qu’est l’appellation Faugères aujourd’hui justement : une grande diversité de pratiques mais aussi de goûts. Dans le même temps, il est en phase avec une demande qui s’est, elle aussi, diversifiée. Quant à l’objectif de fond, je le soutiens : c’est l’Homme qui fait le terroir. Par sa capacité à respecter des traditions mais aussi à adapter ses pratiques à la nature qu’il occupe, il fait le lien entre tous les éléments naturels et le vin. Dans un objectif de durabilité. Or la durabilité, c’est exactement ce qu’on cherche !

C’est-à-dire ? Quelles actions mettez-vous en œuvre dans cet objectif de durabilité ?

Je suis particulièrement investi dans le GDON* de Faugères. On participe aux tournées de surveillance et je milite même pour qu’on en crée un du côté de Saint-Géniès, hors appellation ! On pratique aussi la confusion sexuelle* sur plus de la moitié de nos surfaces en Faugères – c’est très efficace d’ailleurs ! -, alors on contacte d’autres vignerons pour pouvoir créer de nouveaux îlots. La lutte collective est la seule solution efficace et durable contre les nuisibles ! Ensuite, on préserve la végétation qui borde les parcelles et je participe à l’opération du département « un abri pour les chauves-souris ». Et puis on a une cave à rendement énergétique positif grâce aux panneaux solaires qu’on a fait installer sur le toit : c’est une action un peu moins directement liée au vignoble, mais qui a son importance.

Quel a été votre plus gros investissement en la matière finalement ?

L’enherbement un rang sur quatre : on essuie une perte de 7 à 8% de rendements depuis 2013. Mais j’ai bon espoir que cela change : le sol va finir par se régénérer et les racines des vignes auront plus de force pour aller chercher de l’eau en profondeur. Il faut savoir être patient !

Quand vous regardez le chemin parcouru, vous vous dîtes que vous avez réalisé votre rêve en devenant vigneron ?

Je ne sais pas si j’en ai rêvé, je crois que je l’ai toujours été : dès l’enfance, je veux dire ! (Rires) Les vignes, la cave : c’était mon terrain de jeux ! Alors même si j’ai fait autre chose, j’ai toujours su qu’un jour où l’autre, je reprendrais le flambeau. J’aime l’idée d’inscrire mes actions dans la continuité de celles de mes aïeux. Protéger cette histoire et ce patrimoine familiaux tout en y apportant ma touche personnelle pour pouvoir les transmettre à mon tour : ça donne du sens à ce que je fais ! Childeric, mon fils, a 5 ans et il dit déjà qu’il veut devenir vigneron !

INTERVIEW « ÇA, C’EST VRAIMENT TOI, JEAN-MICHEL ! »

Une cuvée de confrère à conseiller ? Allegro du Domaine Ollier-Taillefer parce que c’est un Blanc à la fois fruité et racé : très agréable à boire !

Un accord Musique & Reynardière à suggérer ? Penny Lane des Beatles avec un Childeric 2016 : ça met de bonne humeur !

Le vin, c’est plus qu’une boisson, c’est… ? Un savoir-faire ET un savoir-vivre !

La rencontre qui t’a le plus marqué dans ton métier ? Mon père ! Il m’a fait partager sa passion, et c’est grâce à lui que je chemine depuis 50 ans dans le vin !

Si tu étais un cépage ? Le Carignan ! C’est un pont entre le passé et le futur ! 


Domaine de La Reynardière
7 cours Jean Moulin
34480 Saint Geniès de Fontedit
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