Château Haut-Lignières Jérôme Rateau

Château Haut-Lignières
Le Bel Air
34600 Faugères
Tél : +33 (0) 4 67 95 38 27
Fax : +33 (0) 4 67 95 78 51
Email : hautlignieres@yahoo.fr
Site web : http://chateau-hautlignieres.com/

Œnologue de formation, il se lance dans la viticulture en 2007. A Faugères en Languedoc : un terroir qu’il choisit pour son caractère, un terroir qui permet d’élaborer des vins racés. Rencontre avec Jérôme Rateau : un vigneron qui sait ce qu’il veut, un vigneron de caractère pour un terroir de caractère !

Être vigneron, c’était une vocation ?

Pas du tout ! Je ne suis pas de ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits ! Ado, toute ma vie tournait autour du sport. J’étais excellent, et je comptais pratiquer à haut niveau. Mais le rêve s’est brisé en même temps que mes genoux, à 18 ans. Ça a été une déception terrible, et il m’a fallu un peu de temps avant de trouver ma voie ensuite. Mon père aimait le bon vin, et il avait compris que moi aussi j’aimais les bonnes choses de la vie : bien manger, bien boire… C’est lui qui m’a orienté vers l’œnologie. J’ai obtenu mon DNO à Bordeaux où j’ai ensuite exercé quelques années. Mais je voulais être libre de faire les vins qui me plaisaient, donc j’ai fini par me mettre en quête d’installation.

Et vous êtes venu vous installer à Faugères, en Languedoc. Pourquoi ?

J’ai commencé par chercher des vignes dans le Bordelais en réalité. Mais pour y tirer son épingle du jeu, il faut nécessairement entrer dans certaines cases : ça me déplaisait. Un ami m’a conseillé de m’intéresser au Languedoc et pour être honnête, au départ, c’est sans grande conviction que je l’ai écouté. Je me suis rendu chez un caviste narbonnais et je lui demandé de me donner trois cuvées représentatives du vignoble. Eh bien, on peut dire que mes préjugés sur le Languedoc ont pris une sacrée claque ce jour-là ! Je n’étais pas du tout préparé à déguster des vins de ce niveau-là. Et à des prix aussi peu élevés en plus ! Ça m’a de suite posé la question de rentabilité d’ailleurs. Parce que c’est beau la passion, mais il faut pouvoir en vivre… Toujours est-il que, je suis tombé sur Faugères en 2007, un peu par hasard. Le terroir était magnifique et le potentiel plutôt exceptionnel.

C’est-à-dire ? Qu’est qui est spécifique au terroir de Faugères, à ses vins ?

Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte avant de m’y installer, mais c’est un terroir qui se mérite. Il a du caractère. Entre l’altitude et les pentes, les sols de schiste, les forêts de chênes verts, la garrigue, le vent… il est complexe et coriace. Les outils s’y usent plus vite qu’ailleurs. Et il faut soi-même avoir une certaine trempe pour y travailler. L’avantage, c’est qu’avec un terroir comme celui-là, il s’exprime naturellement. Les jus reflètent bien plus que des caractéristiques variétales, on n’a pas besoin d’user de techniques œnologiques modernes pour qu’ils aient du relief. Les Rouges ont beaucoup d’intensité, de profondeur et de complexité. Ils sont puissants, charpentés, avec des épices, de la minéralité, et un gros potentiel de garde. Ils sont tout sauf consensuels. Et c’est justement pour ça que j’ai choisi Faugères !

80% des vins produits à Faugères sont des Rouges. Mais vous avez fait le choix de planter des cépages blancs…

Oui. J’ai commencé humblement, en ne sachant pas trop où j’allais. Je voulais expérimenter les cépages du Languedoc que je ne connaissais pas. Ca m’a permis de me diversifier. D’autant qu’il y a très peu de Blancs à Faugères, et c’est dommage : le schiste permet des choses extraordinaires sur les Blancs !

Être œnologue, c’est un avantage quand on est vigneron ?

Oui et non. Je ne suis pas un féru d’explications scientifiques, j’aime bien la part de mystère qu’il y a dans la vinification et dans la dégustation. Et en réalité, mes connaissances en œnologie me servent à… ne pas m’en servir ! (Rires) Je veux dire à intervenir le moins possible sur mes vins. J’aime laisser faire les choses. L’idée, c’est de concevoir à l’avance le chemin pour ne pas avoir à faire de corrections. Ca ne marche pas à tous les coups. En 2010, par exemple, le millésime était particulièrement beau, mais je n’ai pas su exploiter toutes ses potentialités…

« Intervenir le moins possible » : c’est un peu le principe de vinification du vin naturel, non ?

Oui… Enfin, il y a bien une cuvée que j’élabore avec des doses de soufre ridicules mais on ne peut pas parler de vin naturel. Je suis seul, avec le soutien d’un ouvrier sur une exploitation de 12,5 hectares et je ne suis pas en mesure de passer en bio, même si je reconnais que l’idée m’intéresse autant qu’elle me questionne : contrairement à ce qu’on croit, l’utilisation du cuivre n’est pas sans effet néfaste sur l’environnement, il y a des choses à creuser et à peser, comme notamment l’empreinte carbone de l’élaboration d’une bouteille bio relativement à celle d’une bouteille de vin conventionnel. Quant aux vins naturels : il y en a que je trouve très bons et d’autres très mauvais. Là encore, l’idée est intéressante car « accompagner en intervenant le moins possible», ça ne signifie pas « ne rien faire », au contraire. Naturel ou pas, ce qui m’intéresse avant tout, c’est que le vin soit bon. Et qu’on respecte la liberté de chacun de penser et de faire autrement.

Empreinte Carbone : c’est d’ailleurs le nom de l’une de vos cuvées…

Il s’agit d’une cuvée élaborée à partir d’une parcelle sur laquelle mon travail est très minutieusement pensé pour limiter l’utilisation d’énergie fossile au strict minimum mais aussi pour expérimenter des pratiques plus naturelles. Les vignes sont enherbées en permanence, le travail y est exclusivement manuel et je n’y applique aucun insecticide. Même le choix des bouteilles justement – très légères – a été déterminé par lien à l’empreinte carbone. C’est encore une fois une question dont on parle assez peu mais qui me semble particulièrement importante pour les enjeux à grande échelle.

Quel rapport entretenez-vous à cette nature qui définit profondément le terroir ?

Je dirais un rapport assez silencieux, au sens où elle me laisse sans voix. Je regarde les schistes et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils étaient là avant nous, les humains,  et qu’ils seront là après nous. Elle a une certaine forme d’éternité qui nous fait sentir tout petits : on n’est pas grand-chose face à elle. Elle impose le silence.

Le terroir, c’est aussi une communauté humaine…

Oui, et l’écosystème humain est au moins aussi complexe que l’écosystème naturel. Comme partout. Je suis parfois un peu ours, ce qui est paradoxal parce que ça m’intéresse d’échanger avec les confrères. Je le fais beaucoup avec Catherine du Mas d’Alezon et sa fille Alix : elles m’ont extrêmement bien accueilli quand je suis arrivé !  Et depuis quelques années il y a pas mal d’installations, avec des gens qui viennent d’ailleurs, avec leur énergie, et avec qui je m’entends bien comme Chloé et Fred du Domaine Les Serrals. J’héberge leurs cuves dans mon chai depuis leur installation et en attendant que la construction du leur soit finalisée. C’est une façon de renvoyer l’ascenseur, mais aux nouveaux !

Aujourd’hui vous diriez que c’est le plus beau métier du monde ?

Oui et non : c’est vraiment un métier difficile, d’autant plus quand on est seul. Un chemin semé d’embûches. Et en même temps, je crois que si ça n’était pas le plus beau métier du monde, j’aurais arrêté depuis longtemps : on ne le fait pas par dépit.


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